(Cette histoire n'est pas la première que j'ai écrite mais je la trouve bien rafraichissante en ce début de canicule où on ne souhaite qu'une seule chose: trouver un endroit sombre et frais pour se mettre à l'abris de la chaleur...)

 

Courir 2 lièvres à la fois

 

  C’est vrai qu’il faut un peu de motivation pour courir ! Il y a des fois on resterait bien au chaud sous un plaid avec une tasse fumante ou bien sur un transat avec une boisson fraiche et colorée dont on fait tinter les glaçons contre le verre. Mais qu’à cela ne tienne, je me suis promis d’aller courir, j’enfile en vitesse un débardeur léger et un short. Quoique cela ne sera peut être pas si simple finalement parce que j’ai du mal à en dégoter un correct dans cette penderie : trop long, trop hiver, trop vieux, trop en dentelle, trop troué… Il en reste bien un mais je le trouve un peu serré. Je le passe quand même. Ca va ce n’est pas dramatique non plus et puis après tout c’est un peu pour ça que je cours aussi : pour ne plus être trop serrée dans mon short ! Allez, on se rassemble, de la musique pour le rythme, de l’eau pour l’effort et je suis partie.

 

  Le plus dur en fait c’est d’atteindre la forêt, une fois sous les arbres il fait moins chaud. On est moins distrait aussi, la musique couvre tous les bruits agréables de l’été mais me permet de rester concentrée, je souffle sur 2 foulées je reprends de l’air sur la troisième, je souffle sur 2 foulées je reprends de l’air sur la troisième, je souffle sur 2 foulées je reprends de l’air sur la troisième... Au bout d’un quart d’heure environ on passe un cap, ce qui était un effort devient alors un jeu puis un plaisir. Je regarde ma montre régulièrement me félicitant de chaque minute supplémentaire, je me fais une guerre à moi toute seule, ma volonté telle David contre le Goliath que sont mes muscles paresseux et endormis. David dégaine alors avec vitesse et précision une musique entrainante et dynamique sur l’IPod : c’est gagné, Goliath disparait et mes jambes s’activent pour finir ma séance dans un sprint final. C’est bon dès qu’on s’arrête. La piqure de rappel d’endorphine intervient presque immédiatement et combinée à l’effet « coussin d’air » de mes chaussures de course j’ai le sentiment de me déplacer sur des nuages quelques instants. J’en profite pour boire, pour souffler et m’étirer bien sur, mais c’est aussi le moment d’apprécier la forêt dans toute sa beauté. Il n’y a pas de bruits civils et industriels dans ce lieu, le chant des oiseaux se mesure uniquement au bruissement des feuilles des grands arbres et des buissons touffus, quelques animaux ponctuent cette mélodie verte par les craquements qu’occasionnent leurs pas sur les branches et les feuilles au sol. Je sors alors du sentier pour m’enfoncer un peu plus dans la fraicheur précieusement conservée par les branches fournies, un tel lieu ça se respecte, ça se respire, ça se hume, et à pleins poumons après une bonne séance de running s’il vous plait ! Je ralentis ma cadence et flâne, décontractée, au milieu de la végétation, je me fais discrète et silencieuse, qui sait, je vais peut-être réussir à apercevoir une jolie biche ou un renard rusé ?

 

  J’ai à peine le temps de penser cette phrase que j’aperçois près d’un bouquet de fougères une très jolie biche et un renard bien rusé… Mais ces deux là sont d’un tout autre genre que la faune de classique du bois. Le jeune homme et la jeune fille sont à une trentaine de mètres de moi, elle est allongée sur leurs vêtements qui leur font désormais un drap de fortune au milieu des fougères, la tête de son amant est cachée entre ses cuisses et les lents tortillages de son corps laissent à penser que le jeune homme maitrise son sujet à l’oral. Je fais un rapide mais néanmoins discret retour arrière et me planque derrière un gros chêne. Je suis un peu perplexe devant la situation : si je rebrousse chemin il est possible que je fasse du bruit et que je les coupe dans leur élan ce qui ne serait vraiment pas prévenant de ma part, d’un autre coté si je reste et que j’attends la fin de leurs ébats pour reprendre mon chemin je prends le risque d’être découverte et de passer pour une voyeuse. Je finis par décider de rester sans bruits, car au final je suis quelqu’un de très prévenant et je m’en voudrais beaucoup d’interrompre un si joli moment. Je reste alors aussi immobile et silencieuse qu’une branche de lierre dos à l’arbre. Mais je ne tiens pas très longtemps. Les soupirs et les râles des deux tourtereaux m’agacent autant qu’ils m’excitent et malgré mes bonnes manières je finis par tourner la tête et regarder derrière l’arbre. Ils sont beaucoup trop absorbés par leur plaisir pour faire attention à moi ; il est en elle à présent et leur cadence s’accélère. Il tente vainement de ralentir le mouvement pour faire durer les choses mais elle ne s’y soumet pas et le réclame d’avantage, et plus rapide, d’une main hardie elle l’encourage en imposant une rythmique à ses coups de reins comme si la caresse seule de ses doigts en avait le pouvoir absolu. Cette bataille perdue d’avance par le garçon me fait prendre conscience de mon trouble à moi car sans m’en rendre vraiment compte je profite de l’étroitesse de mon short pour obtenir une caresse tout à fait personnelle. Le tissu me colle et un léger dandinement de mes cuisses achève d’aiguiser mon intérêt pour la scène. Il serait tout à fait incorrect et contraire à mes bonnes manières de dégrafer mon short et de plonger ma main sous mon slip dans le but de récolter moi aussi ma part du gâteau. Je fais un véritable effort et garde les mains contre le tronc de l’arbre. Je jette de nouveau un œil à la scène, la fille a gagné : le jeune homme a repris un rythme frénétique, ils ne sont plus très loin du pic de leur plaisir et je les quitte des yeux un instant tellement le délicieux supplice que m’impose mon short me gène à conserver le silence. C’est à ce moment là que je le vois, l’autre joggeur, comme moi il porte un short et comme moi il est caché sans bruits derrière un arbre, et comme moi il ne perd pas une miette de la scène. Je suis à la fois amusée et intriguée, depuis combien temps est ce qu’il les observe ? Depuis combien de temps est ce qu’il m’observe ? Les deux amoureux crient tout à coup de bonheur avec force grognements et éclats de plaisir, impossible de leur en tenir rigueur, ils sont persuadés d’être totalement seuls.

 

  On se regarde alors et on se sourit d’un signe de tête mutuel comme le font les sportifs qui se croisent en plein effort.

 

 

foret-charnie