(Il m'est venu une idée cette semaine, quitte à tenter d'écrire régulièrement et à poster ici le fruit de mon triturage de clavier, pourquoi ne pas envisager de me soumettre à une mode des plus tendances de ces 10 dernières années: La Série! Et oui! Qui n'a pas son personnage et sa série préférée? Qui ne piaffe pas d'impatience à la fin d'un épisode avec suspens insoutenable à la clef? Qui n'a pas fait cette expérience atroce de regarder d'un œil coupable l'horloge qui indique "qu'il faut aller se coucher car demain on se lève tôt" et puis finalement cède à l'envie et lance un dernier épisode. Juste un dernier. Juste cette fois.

  Sans avoir la prétention de vous tenir en haleine  tel votre feuilleton préféré, je me propose de tenter ici une petite série divertissante pour l'été.)



  AAaaahhhh les vacances!!! Mais qu'est ce qu'on les attend ces vacances tout de même. On a beau de se dire qu'on aura l'occasion de souffler un peu à Noël ou de faire un break de quelques jours au printemps ce n'est pas pareil. Les vacances d'été on les attend depuis la fin de l'été dernier en fait! Emilie est ravie, en vacances depuis la veille elle s'est réservé tout son samedi pour boucler ses préparatifs et sa valise, puis direction la gare d'Austerlitz le soir pour embarquer dans un train de nuit en direction de Bayonne. Ils sont une vieille équipe d'amis à s'offrir ce plaisir chaque année: 2 semaines de location dans une maison sympa avec une piscine. Certains viennent maintenant en couple, d'autres avec le ou la fiancé(e) du moment, et certains avec leur chien et leurs enfants maintenant. C'est toujours 15 jours de bonheur et de détente totale, adieux le responsable du recrutement, l'assistante aux achats, l'agent immobilier, la pigiste et autres responsables de magasin, bienvenue à Miss Paréo, Sir Jeux de cartes, Señora Sangria et Don Barbecue!

  Il est tôt mais il ne va pas falloir trainer, il y a des achats de dernières minutes à faire comme la crème solaire et l'anti-moustique (et oui, quand tout le monde l'a oubliée sauf vous, il vous transforme juste en Dieu auprès de vos amis), réessayer une énième fois un énième maillot (parce qu'Emilie n'en a que 8 pour les vacances et que donc on ne sait jamais), passer donner les clefs à sa voisine pour arroser les plantes et nourrir le chat, et enfin, juste avant de courir vers le train: l'indispensable pédicure... Ah, la pédicure, c'est ce qui fait passer vos pieds de "support pour prendre le métro" à "atouts de séduction extrême". Passer des vacances avec ses vieux pieds du bureau revient à ne pas passer de vacances du tout pour Emilie, et elle se la garde pour la toute fin, pour ne surtout pas l'abimer avant de partir, pour être certaine de voir ses doigts de pieds scintiller à travers l'eau de la piscine.

 La crème et l'anti-moustique c'est réglé en 5 minutes, le maillot aussi, elle en a acheté deux. La voisine se règle moins vite car il faut  écouter ses malheurs et boire son café acre et réchauffé. Enfin, Emilie boucle sa valise, enfile de jolies sandales plates et ferme la porte après une dernière caresse au chat qui s'en sortira très bien ces prochains jours car il ne boit pas de café lui, direction le salon d'esthétique pour la sacro-sainte pédicure. Mais ce samedi le salon est bondé, comme la salle d'attente, Emilie attend tellement de ce moment chaque année qu'elle réserve dans un endroit assez luxueux pour être sure d’être reçue dans un lieu calme et cosy mais cette année on y est pas tout à fait... Plusieurs femmes d'âges différents sont là et personne ne déroge à la règle en ce soir de weekend end estival: toutes sont littéralement vissées à leur smartphone. Ca crie, ça impose, ça se lamente, ça ricane et ça « textote » à tour de pouce, plusieurs femmes restent debout car il n'y a plus de places sur les gros fauteuils pour patienter. Une esthéticienne visiblement harassée par sa journée de travail passe la tête rapidement et ordonne d'un ton péremptoire à ces dames de couper leurs téléphones afin de préserver un instant de calme dans le salon. Toutes s'exécutent. Quand l'une d'entre elles est appelée pour se rendre à son rendez-vous c'est la cohue pour récupérer sa place assise, dans le mouvement Emilie et sa voisine sont bousculées : leurs sacs tombent et se renversent. Accroupies et excédées, elles ramassent leurs affaires et leurs egos ébréchés par l'occasion; crème solaire, anti-moustiques et maillots pour l'une, poudre pour le corps comestible, loup en dentelle et bougie de massage pour l'autre, elles remettent tout précipitamment dans leurs sacs et récupèrent leurs téléphones avec un sourire poli et gêné. Deux jeunes femmes en blouses roses entrent et appellent Emilie et la jeune femme à ses cotés: c'est parti pour le Paradis.

  Une heure de massage, de polissage et de limage. Des couleurs à foisons si bien qu'il est compliqué pour Emilie de se décider finalement pour un vernis argenté saturé de paillettes... Elle a des pieds qui feraient désormais ombrage à une boule à facettes. Une pure merveille! Ses pieds sont doux comme ceux d'un bébé, elle a l'impression d'être visiblement plus légère, comme si on lui avait posé des petites ailes de chaque coté des chevilles en plus de son joli vernis. Elle sort de l’institut, un sourire radieux sur les lèvres, et file embrasser ses parents avant d'embarquer dans le train de 21h54.

Elle s'est choisit une couchette en première, et privative en plus, la grande vie en somme ! Emilie tire le verrou de son alcôve, se met en pyjama et dégaine une thermos de tisane et un bon bouquin, le premier d’une saga d’heroic fantasy, parfait pour débuter les vacances.  Elle s’allonge avec le livre, pose sa tasse sur un rebord et commence à tourner les pages, ça parle d’un petit garçon qui est abandonné par son grand-père au maitre d’écurie d’un château moyenâgeux… Emilie commence à se laisser happer toute entière par la lecture quant un bruit désagréable et récurrent la distrait. Ca vient de son sac à main. Mais bien sur, elle a encore oublié d’éteindre son téléphone et celui-ci vibre de multiples messages et autres mails publicitaires. Agacée, elle pose le livre, fouille nerveusement dans le sac pour attraper le coupable et le punir comme il se doit, pourtant quelque chose lui semble étrange tout de suite : le fond d’écran ! Ce n’est pas le sien ! Ce n’est pas son téléphone ! Le train vient de démarrer et elle se retrouve en pyjama à partir en vacances avec un téléphone qui n’est pas le sien. Ca a du se produire dans le salon de beauté quand elle est tombée avec l’autre jeune femme, elles ont renversé le contenu de leur sac, elles ont du échanger leurs portables sans même s’en rendre compte puisque maintenant tout le monde a l’un des 3 ou 4 modèles à la mode… Quelle plaie ! Il va falloir la contacter, lui donner rendez-vous et bien évidemment passer les vacances sans son téléphone à elle. « Bon, soyons organisées » de dit-elle, dans un premier temps elle vérifie la batterie et le met d’office en charge pour éviter qu’il ne s’éteigne, dans un second temps elle envoie un sms explicatif à son propre numéro en se disant que la femme qui l’a récupéré finira bien par le lire et qu’elles pourront reprendre contact ainsi. Elle attend un instant dans l’espoir d’obtenir une réponse rapide mais rien ne vient. Elle hésite un peu, puis se ressert une tasse de tisane et reprend le fil de sa lecture, le petit garçon du livre vient de se faire un nouvel ami, un chien et il se sent si proche de lui que c’est comme s’il pouvait lui parler et ressentir ce que ressent le chien. Le portable se remet à vibrer. Plusieurs fois d’affilée. Emilie pose son livre et saisi l’appareil pour lire les sms qui viennent d’arriver. Elle manipule l’objet avec autant d’aisance que son propre téléphone et affiche aussitôt les messages qui viennent d’arriver. Ce ne sont pas du tout les réponses qu’elle attendait mais les attentes d’un certain « Grégoire ».

21h45 : « Natachaaaa »

21h52 : « Natacha, tu es en retard. »

21h54 : « Natacha, tu es en retard de 24 minutes »

22h00 : « Natacha, ta fessée risque d’être bien différente ce soir. Il n’est pas correct d’être en retard ainsi sans prévenir »

22h03 : « Natacha, je risque de m’impatienter »

22h08 : « Natacha, retire ta culotte et prends ce foutu métro en vitesse, j’ai d’autres culs à fouetter. »

22h09 : « Natacha. »

  Il est à présent 22h20 et Emilie se sent bien troublée. Elle n’a plus du tout envie de lire les aventures du petit garçon à la cour du Roi, mais elle a terriblement envie de connaitre la suite. Est-ce que Grégoire va finir par appeler ? Est ce que la fameuse Natacha va enfin lui répondre pour qu’elles puissent trouver une façon de fonctionner pendant les vacances ? La vibration du téléphone interrompt ses rêveries et 3 messages s’enchainent :

22h23 : « Natacha, ramène tes fesses chaudes sur ma queue. »

22h24 : « Natacha, la moiteur de tes cuisses et le gout salé de ton con me manquent. »

22h25 : « Natachaaaa, Natachatte. »

 

  C’en est presque aussi gênant qu’émoustillant pour Emilie. Elle se torture le cerveau 20 fois. Doit-elle répondre à Grégoire pour le prévenir que Natacha n’a plus son portable ? Mais en même temps se serait prendre le risque de passer pour… Pour… Pour quoi ? Pour une « voyeuse de textos » ? Enfin, c’est ridicule se dit-elle, on est adultes, non ? Elle prend le téléphone et décide de prévenir Grégoire de  son infortune.

22h31 : « Bonsoir, je suis navrée de vous interrompre de la sorte, Natacha et moi avons malencontreusement échangé nos portables lors d’une bousculade cet après-midi. J’essaye de la contacter, je lui dirai que vous essayer de l’atteindre dès que j’aurai eu de ses nouvelles. Bonne fin de soirée. Emilie. »

  Voila une bonne chose de faite. Elle pose le téléphone et reprend son livre en finissant d’un trait sa tasse. Elle s’en ressert une dernière fois. Il ne se passe même pas 3 minutes avant que le portable ne se remette à vibrer…

22h34 : « Bonsoir Emilie. Quel type de parfum portes-tu ? Capiteux ? Chaud et sucré ? Frais et citronné ? »

*  *  *  *  *

(Natacha va-t-elle finir par envoyer un sms à Emilie ? Emilie va-t-elle se risquer à rentrer dans le jeu de Grégoire ? Comment pourra-t-elle s’endormir profondément après avoir bu autant de tisane ? C’est ce que vous pourrez découvrir dès la semaine prochaine dans un prochain épisode de « l’été d’Emilie » !)